Curriculum artis

Laurent Nicolaï artiste graveur et lithographe, maître en son imprimerie d’Art

 

 

De son enfance la personnalité artistique de Laurent Nicolaï retient deux imprégnations. La première, par disposition naturelle : le dessin ; la seconde, par environnement familial : le livre. Né à Nice en juin 1975, Laurent vit très tôt un crayon ou un pinceau à la main ; il reçoit sa première boîte d’aquarelle avant dix ans et passe son temps à dessiner et à peindre.

Adolescent, c’est à Arles qu’il fréquente des ateliers libres de modèle vivant, découvrant le nu qui reste l’un de ses thèmes favoris d’inspiration.

 Gouache, 1992

Gouache, 1992

Laurent grandit environné des livres de la bibliothèque de bande dessinée paternelle. Cultivant en parallèle son goût pour l’Histoire de l’art qu’il étudie en autodidacte, il nourrit une passion naissante pour l’imprimé dont il apprend à reconnaître la qualité. Sa curiosité est éclectique par laquelle s’affirme ses goûts, depuis la confrontation à la grande tradition : Le Greco, Goya, Odilon Redon… en passant par la découverte des contemporains : Paul Rebeyrolle, Louis Cane, Jean-Pierre Pincemin… jusqu’à la fréquentation d’auteurs de BD comme Edmond Baudoin et Alberto Breccia dont les dessins en noir et blanc le fascinent.

De semblables dispositions le conduisent naturellement à entreprendre des études d’Arts-Plastiques qui le mènent jusqu’à l’École supérieure des Beaux-Arts de Marseille où il découvre à 20 ans la pratique de la gravure dans l’atelier de Sonja Hopf. Laurent fait l’apprentissage de toutes les techniques de l’impression manuelle et c’est par un travail de gravure et d’imprimerie qu’il soutient son diplôme de troisième année aux Beaux-Arts (DNAP) ; la pièce maîtresse en est l’édition en trois exemplaires d’un livre de dix planches de grand format (50x80cm) qui traite de la représentation de la Figure à la recherche des limites des techniques de gravure.

Visagéïté 1 (7)

Visagéité, 7ème état.

Survient une époque de contraintes : Laurent doit interrompre ses études, et d’apprentissage complémentaire : il reprend un temps la librairie familiale, il gagne sa vie en restaurant des maisons anciennes, il voyage… Notamment en Afrique et dans l’Océan indien. Une sorte de (modeste) Grand Tour pendant lequel Laurent échafaude son projet professionnel : un lieu consacré à l’univers graphique dont, jeune homme, il vient d’explorer les contours ; un lieu, à l’ancienne, qui reconstituerait les savoir-faire autour de l’imprimé et du livre ; un lieu où dessin, peinture, gravure, lithographie, typographie, imprimerie manuelle, reliure perpétueraient leur immortel pratique ; un lieu ouvert aux artistes et au public où lui-même poursuivrait son œuvre en toute liberté… Un lieu idéal !

2004 marque une première étape sur le chemin de ce projet. Laurent crée dans les Cévennes l’Atelier D’estampe Nicolaï (ADN) où, comme son nom l’indique, le rêve se cristallise autour du mot estampe, point d’aboutissement sur papier de toutes les techniques d’impression. Il reprend ses carnets de dessin (notamment issus de ses voyages) et les grave, il imprime des estampes originales, il participe à des expositions, commence à rassembler du vieux matériel d’imprimerie, collecte des pierres de lithographie…

Vite à l’étroit, Laurent s’installe en 2009 au hameau du Pauzat dans la commune de Vieillevie au sud du Cantal, où il construit de toute pièce son nouvel atelier inauguré le 26 mai 2013 à l’occasion de la première fête nationale de l’estampe. La période transitoire est longue : c’est que Laurent assure de ses mains l’ensemble de cet aménagement sous le parapluie de bois qui abrite également la chèvrerie de son épouse. La place disponible (180 m2 sur deux niveaux) lui permet d’acquérir de nouveaux matériels d’impression : de lourdes, belles et encombrantes machines issues d’ateliers créés au XIXe, assurant le labeur inhérent à la gravure, à la lithographie, à la typographie ; il parachève sa lithothèque, sort des cartons sa vaste collection de livres accumulée depuis l’enfance, complète le dispositif d’une chaîne de prises de vue et de reproduction d’images argentiques et numériques, chine pour le plaisir quelques objets rares liés à la fabrication du livre… Le rêve du jeune homme prend corps : le voici artiste graveur et lithographe, maître en son imprimerie d’Art ! Dans son atelier envahi de lumière, au milieu de ce capharnaüm de bois de papier de fonte, dans l’odeur d’encres et de vernis, entre planches et machines,  Laurent est « dans son élément », celui qui décuple son énergie créatrice : il travaille, dessine grave compose encre presse massicote plie colle…

une belle vue

ADN, Le Pauzat.

 

ADN, Le Pauzat.

ADN, Le Pauzat.

Il noue alors des relations avec les milieux artistiques de la région, les projets fusent… Il intervient au Musée Soulages à Rodez lors de séances de Pédagogie de l’estampe dès la première exposition temporaire « de Picasso à Jasper Johns, l’atelier d’Aldo Crommelynck », certaines de ses œuvres sont exposées dès l’ouverture au Café Bras, dans l’enceinte du Musée. Au fil des ans il intervient dans divers lycées de la région et multiplie les expositions, collectives comme personnelles sur l’ensemble du Massif Central avec quelques poussées à Paris. Il ouvre son atelier aux artistes pour des stages et des accompagnements personnalisés. En 2016, il sauve de la destruction une presse lithographique Marinoni de 7 tonnes et ouvre un second atelier à Flagnac en Aveyron, grâce à une souscription publique, c’est le projet 6026 cm², qui se développe et se spécialise rapidement sur la technique de la lithographie de grand format.

Démonstration Musée Soulages  (28)

ADN au musée Soulages.

En 2020 changement de cap, Laurent Nicolaï restructure ses ateliers, fait le tri dans son parc de machines et déménage en fin d’année pour s’installer en Charente à Cognac, avec pour objectif d’asseoir son atelier ADN et d’y continuer sa pratique artistique personnelle. Pour cela il a choisi un nouveau lieu de plain-pied, sur les bords de la Charente, un peu excentré du centre-ville où il peut  proposer des résidences aux artistes. Il y installe ses presses de grand format en gravure et lithographie et fait bonne place au matériel de typographie afin de pouvoir enfin développer le texte dans son travail. En parallèle, il développe avec une société anglaise, « AUBÉPINE »  une gamme d’encres pour la lithographie dont il devient le représentant exclusif.

Artiste graveur et lithographe, plus que jamais maître en son imprimerie d’Art !

Arrivé à ce point de connaissance de l’artiste, le lecteur peut se demander : Pourquoi tant de machines, d’investissements, de techniques à maîtriser, de contraintes ? La belle réponse de Laurent fonde sa pratique artistique : « Ce qui m’a fait prendre conscience de la subtilité de mon travail est sûrement inscrit dans le processus technique même de l’estampe : la fabrication d’une image inversée lors de sa création, une pratique aveuglée par les vernis, une forme de conception différente de celle de la peinture, ni plus technique ni plus intellectuelle mais franchement plus sensationnelle dont le résultat ne peut apparaître que dans un temps à rebours. Je ne savais pas à 20 ans que quelque chose pourrait me transformer ainsi ; ni un professeur ni une technique en soi mais à vrai dire un mode  nouveau pour moi d’expression, la découverte de l’outil plastique le plus abouti que je puisse trouver pour exprimer mes désirs. »

Et au-delà de son art, se profile une vision originale du monde : « J’ai éprouvé une passion qui au fil du temps est devenue ma forme de pensée, une certaine perception des choses. Depuis, je ne me suis pas séparé de cette manière de voir le monde, inversé et à rebours, inscrit dans un temps si différent de celui que nous affirme le quotidien. »

 dl, mai 2021.

Autoportrait à la main bleue, lithographie, 2007.

Autoportrait à la main bleue