Marinoni-Voirin n° 35151 « La Muro »

Printemps 2016, Laurent Nicolaï prend l’initiative d’une grande aventure lithographique : 6026 cm².

Automne 2016, début d’un nouvel épisode

Tout commence fin août lorsque Mme Vazzoler contacte Laurent Nicolaï : elle est en possession d’une presse plate Marinoni-Voirin à la suite du décès de son frère M. Gérard Muro.

m-muroGérard Muro, artiste peintre et lithographe (1950-2016)

En 1968, Gérard Muro entre à l’École des Beaux-Arts de Toulouse où il obtient son   diplôme national. De 1976 à 1983, il y enseigne en qualité de professeur d’Arts et  Techniques graphiques puis crée son propre atelier de lithographie.

Il collabore ensuite à la réalisation de nombreuses œuvres lithographiées de peintres et affichistes (Daniel Schintone, Pierre Darques, Charles Kiffer, Léo Kouper, Foré…) tout en enrichissant son œuvre personnelle.

En 1991, il crée le cours de lithographie « Charles de Lasteyrie » et fonde l’association « Promotion des Arts »  qui défend la lithographie dans ce qu’elle a de plus authentique, soit sa technique originelle telle que son inventeur Aloys Senefelder l’a définie et telle qu’elle a séduit d’innombrables peintres et illustrateurs depuis le début du XIXème siècle.

 Retrouvez en bas de page divers documents à propos de Gérard Muro.

Mme Vazzoler a cherché à donner cette presse à des musées, des ateliers, des artistes… pour que ce patrimoine perdure. Lors de ses recherches, il lui a été rapporté à plusieurs reprises qu’il n’y avait qu’une seule personne assez folle pour  sauver une telle presse, Laurent Nicolaï.

Au-delà de la difficulté de trouver quelqu’un d’intéressé par cette machine, Mme Vazzoler était confrontée à une urgence de calendrier car le lieu où était installée la presse devait absolument être débarrassé au 5 octobre ; et celle-ci (dimensions 4,50 x 2,40 m, poids estimé 7 tonnes) reposait dans un local exigu de 3,50 m de large, situé en contre bas d’une ruelle avec en plus une marche à l’entrée de 70 cm et une porte de 2,15 m de large… De quoi décourager plus d’une bonne volonté !

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Il faut dire que la presse avait été démontée lors de son arrivée, il y a 35 ans, puis remontée minutieusement par Gérard Muro.

Laurent Nicolaï touché par la volonté de Mme Vazzoler de transmettre la presse de son frère, fait le trajet jusqu’à Toulouse courant septembre afin de l’aider à trouver une solution pour sauver la presse de la casse, par découpe au chalumeau. Il trouve une machine en excellent état, mise à l’arrêt il y a sept ans environ, toute protégée d’huile et de graisse. Et lorsqu’il enclenche le contact électrique, la presse se met délicatement en route !

Ensemble ils trouvent un accord, Mme Vazzoler prend en charge le transport de la machine et Laurent Nicolaï s’engage à mettre son savoir-faire et son énergie pour la sortir et l’installer dans son nouvel atelier de lithographie de Flagnac. Ainsi aucun argent récolté lors de la souscription 6026 n’est engagé dans cette nouvelle aventure. Une équipe est rapidement montée, Jean-Bernard, Philippe, Joël et Laurent se donnent rendez-vous le 3 octobre et commencent à alléger la presse pour permettre sa sortie d’une seule pièce. Divers éléments sont démontés : la table du margeur, l’encrier et sa tablette en fonte, des protections du même métal et surtout la roue d’entraînement, son axe et son pied de soutien (ce qui fait gagner près de 60 cm en largeur !).

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Le lendemain M. Aymé Delagnes transporteur minutieux (L’Exceptionnel)  vient sortir la machine. Une fois posée sur roues, un bras télescopique va tirer la presse pour l’amener devant la marche de 70 cm, la soulever, la faire basculer et l’extraire littéralement de cet atelier-cave. Ce fut une longue matinée de travail à cinq. Il a fallu diriger la presse, la caler, la pousser, la soulever, la basculer, encore la caler, la tirer à nouveau et surtout éviter qu’elle redescende !

 

Puis il y eut une autre opération périlleuse, dans cette petite rue : charger la presse sur le camion. Opération qui demandait moins d’efforts, mais voir la presse levée à plus de huit mètres du sol passer au-dessus du jardin des voisins fut très impressionnant.

 

L’efficacité de l’équipe fut absolument remarquable lors de ce sauvetage. Ce furent deux jours de travail très intenses et passionnants où chacun a apporté son bon sens et son énergie. Le sang-froid lors de certaines manipulations a été la clef de la réussite de cette opération de la dernière chance… Le mercredi 5 au matin l’atelier était vide comme convenu !

Le surlendemain la presse était déchargée à Flagnac où elle a trouvé son emplacement définitif près de la 6026.

 

Question : pourquoi avoir sauvé une seconde presse de ce type et en équiper l’atelier de Flagnac ?

  • D’abord, l’énergie déployée par Mme Vazzoler pour transmettre sans aucun frais la presse de son frère forçait le respect ; Laurent Nicolaï y a été très sensible.
  • Ensuite, cette presse n’attendait qu’un peu de bonne volonté pour reprendre du service, étant entendu qu’une telle machine est faite pour imprimer toutes les matrices plates, qu’elles soient en pierre, bois ou lino. Ainsi avec ce double équipement l’atelier 6026 cm2 aura le potentiel d’imprimer simultanément sur tous ces supports.

Au seuil de ce nouvel épisode, Laurent Nicolaï remercie très chaleureusement Mme Vazzoler pour son immense générosité et sa gentillesse. En hommage à son frère la presse Marinoni-Voirin n° 35151 se nomme désormais « la Muro ».

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A propos de Gérard Muro

Le sauvetage d’une presse lithographique

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Promotion des arts

 

Pratique des Arts n°11 décembre 1997